Blog Touristique des Asturies
Les hórreos (greniers) des Asturies: un rêve dans les airs
24 feb

Au lever du jour, le soleil brillait de toute sa splendeur. Il avait plu auparavant et le matin nous réservait une incroyable surprise : la vapeur d’eau douce et humide à la fois formait l’une des mers de nuages les plus spectaculaires que nous avions vues. Une marée qui envahissait tout, y compris les flancs du Sueve ou des majestueux sommets du massif occidental des Pics d’Europe, transformant ces géants en îles magiques, tel un archipel au beau milieu de l’océan.

 

 

Mer de nuages depuis le mont Cayón avec le Sueve et les Pics d’Europe au loin

La mer de nuages s’estompe peu à peu, lentement, pour laisser place à un long manteau vert, un univers de forêts, vallées, rivières, hameaux et, au milieu de tout, ces greniers sur pilotis typiques des Asturies : les hórreos.

Vue panoramique sur Piloña

À leur découverte, ils semblent être là depuis des siècles, si longtemps que leur contemplation devient un véritable voyage dans le passé, avec une histoire différente à chaque hórreo : si la famille qui l’utilisait était nombreuse, si elle avait des moyens financiers ou non, s’il était entretenu, si le terrain de la construction était le mieux adapté ou, au contraire, présentait des obstacles orographiques, s’il avait servi à autre chose qu’à la simple survie, si sa fonction d’autrefois est toujours présente aujourd’hui, s’il avait pu être adapté au rythme et au besoin de la vie actuelle… Une rêverie dans l’air, dans le même air doux et humide qui les plonge dans le brouillard.

Conçus pour mieux vivre

 

Les hórreos servaient et servent encore, partout où le climat a permis leur apparition, de grenier, d’entrepôt, notamment pour protéger les récoltes de l’humidité et des rongeurs et autres bêtes pouvant les détruire et causer des pertes irréparables. Il s’agit d’une invention anonyme, mais essentielle à la survie humaine, qui demeure dans le temps de façon absolue, comme pour nous rappeler d’où nous venons.

Les Asturies ont non seulement adopté cette grande invention conçue pour vivre mieux et plus longtemps, mais ont également apporté à ces palafittes de l’Europe atlantique une touche de caractère, de symbolisme, d’imagination, de ludisme et de fête qui rend l’hórreo asturien si caractéristique, en plus d’être depuis toujours un grenier principalement lié à la culture du maïs.

Si nous pouvions faire un tour d’horizon à 360° sur les Asturies, nous pourrions constater que les hórreos sont l’élément identitaire par excellence des Asturies rurales et, bien que certains aient succombé au temps, qu’il reste des exemplaires et des ensembles impressionnants qui nous montrent leur importance jadis. Aujourd’hui, ils symbolisent les Asturies d’antan, plus naturelles, plus survivantes, plus courageuses, plus magiques, l’âme asturienne reposant sur les piliers de la force, de l’intégrité, de l’histoire et de l’effort collectif.

De nos jours, les hórreos ne cessent de conter des histoires, presque autant que les vies qui les approvisionnent, les entretiennent, les animent… En voici quelques-unes.

Quand la pommeraie est proche

 

La production de cidre dans les Asturies est aussi ancienne que l’invention et l’utilisation des hórreos, voire plus. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir une pommeraie (terrain planté de pommiers) tout près d’un hórreo, composant ainsi un paysage idyllique, notamment au printemps, lorsque les pommiers sont en fleur et enivrent l’atmosphère de leur odeur et de leur couleur...

Hórreo près d’une pommeraie à Robledo de Anayo (Piloña)

Pour le plaisir dans une maison de campagne

 

L’hórreo apparaît régulièrement dans les maisons de campagne, les palais et les résidences principales en tant que complément idéal des propriétés. Il ne sert généralement plus de grenier, mais plutôt de décoration et d’espace de détente, selon le goût de ses propriétaires. En effet, les hórreos sont parfaits pour le plaisir esthétique – magnifiques dans un jardin, un terrain, un pré ou autre – et fonctionnel, car ils s’adaptent à presque tous types de fonctions, toutes celles qui vous passent par la tête.

Ils représentent également un symbole d’identité qui reflète l’appartenance des propriétaires sur les terres aussi singulières que sont les Asturies.

Hórreo dans une maison palatiale à Pintueles (Piloña)

Le temps en suspens

 

L’une des premières sensations que produisent les hórreos, notamment les plus anciens, qui datent du 15e, 16e ou 17e siècle, est l’arrêt du temps, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Aux alentours, tout semble être resté pareil. Vous vous sentez dans un village asturien quatre cents ou cinq cents ans en arrière. Le murmure du silence, le vert du paysage, le chant des oiseaux, le soleil, le chariot du pays sous l’hórreo prêt à repartir, le teixu (arbre mythologique des Celtes) enlaçant et abritant l’hórreo.

Même Chronos, le dieu du temps, serait séduit par un hórreo asturien.

Hórreo et teixu à Robledo de Anayo (Piloña)

Moment zen

 

Avec le temps, de nombreux hórreos sont devenus des endroits parfaits pour un moment zen, de détente infinie, de méditation, de calme, de murmure et de conversation, mais aussi pour la bonne table, à l’abri du soleil ou de la bruine, ou caressé par la lueur de la pleine lune.

Des espaces de socialisation qui permettent de cohabiter plus paisiblement. Des fenêtres sur des paysages de rêve qui aujourd’hui encore restent essentielles pour vivre mieux et plus longtemps.

Hórreo avec panorama sur Anayo (Piloña)

C’est l’église que nous avons rencontrée

 

La mémoire populaire et orale ainsi que quelques chroniques placent certains hórreos près de chapelles aujourd’hui disparues. Ils sont même liés à des rites chrétiens et la messe était dite sous certains d’entre eux.

Quoi qu’il en soit, et comme indique le dicton populaire « c’est l’église que nous avons rencontrée », c’est ainsi que nous avons découvert à Sietes, un hameau de Villaviciosa célèbre pour avoir été choisi pour la présentation mondiale de Windows 7, un impressionnant hórreo à côté de l’une des rares églises Renaissance des Asturies, celle de San Emeterio. Le contraste et l’ensemble sont pour le moins surprenants et magnifiques.

Hórreo à côté de l’église Renaissance de Sietes (Villaviciosa)

L’hórreo et le chemin

 

Toujours à Sietes, une exquise curiosité nous envahit : nous ne savons pas très bien qui est apparu le premier, l’hórreo ou la route. L’hórreo, probablement, puis la route, avec l’amélioration de la communication terrestre, dont le tracé provient sans doute d’un ancien chemin.

Certes, nous fabulons un peu, mais les hórreos sont aussi là pour cela, surtout lorsqu’il faut passer en dessous pour poursuivre l’itinéraire. Une sensation singulière pour cette fable qui pourrait s’appeler L’hórreo et le chemin.

Hórreo et route passant en dessous à Sietes (Villaviciosa)

Une œuvre d’art polychrome

 

À Espinaréu, Piloñanotre regard est attiré par les hórreos polychromes qui se trouvent en chemin. Le bois coloré nous rappelle les gravures préhistoriques et les peintures rupestres ainsi que les sculptures romanes.

La polychromie nous plonge dans un monde symbolique et imaginaire qui sublime les textures du bois et nous fait sentir la peau de l’hórreo dans toutes ses nuances, comme si le fil du temps avait progressivement sculpté une véritable œuvre d’art, vivante comme le bois servant de support.

Hórreo et décoration polychrome à Espinaréu (Piloña)

La magie d’un vestige

 

La présence d’un hórreo est si puissante que même s’il ne reste que le terrain, ou si la végétation le camoufle, il semble toujours être vivant et imposant. Il nous observe fermement, dans l’expectative, prêt à lutter avant de se rendre, avant de répandre sa mémoire dans l’humus de la terre. Ses gènes du bois et de la pierre portent en lui les stigmates de la souffrance et de la survie. Il n’est jamais trop tard pour tirer un hórreo de l’oubli !

Hórreo à Perviyao (Sietes – Villaviciosa)

Ensemble d’hórreos

 

Réunis, les hórreos forment un ensemble monumental, apparaissant comme des géants qui décorent le hameau à travers leur prestance sobre et éloquente. Les Asturies comptent plusieurs hameaux conservant des ensembles qui impressionnent par leur beauté et leur puissance : Espinaréu, à Piloña, et Sietes, à Villaviciosa, qui rassemblent à eux deux près de soixante hórreos. Ces deux hameaux constituent une mémoire ethnographique vive et directe, et sont particulièrement impressionnants en direct…

Ensemble d’hórreos à Espinaréu (Piloña)

Ensemble d’hórreos à Sietes (Villaviciosa)

Hórreos dans le détail

 

Les chats adorent les hórreos pour s’y réfugier, fouiner, se reposer ou nous épier, et leur grâce ajoute une touche de mystère à ces greniers historiques. La clé de l’hórreo est un élément mythique, littéraire et populaire par excellence. Aujourd’hui encore, il reste quelques exemplaires tout à fait authentiques.

Chat dans un hórreo asturienDétail typique de la serrure d’un hórreo

Grâce à leur forme, leurs sculptures, leur structure, leur orientation, etc., les portes de l’hórreo sont un signe très distinctif. L’intérieur de l’hórreo renferme des dizaines de produits, des récoltes et même des secrets insoupçonnés. L’extérieur est quant à lui une mosaïque de vies et d’agriculture : il est fréquent d’y voir le maïs et les oignons cultivés dans le potager familial… et parfois le destin nous réserve une belle surprise !

Sculpture impressionnante sur la porte d’un hórreoOignons accrochés à l’extérieur d’un hórreo

Les hórreos asturiens sont une source de vie et de voyages incroyables !

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